Nouvelles
Mystère pascal…
posté le 5 avril 2015
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La vie consacrée : avec le Christ, une traversée du mystère pascal…

En cette année de la vie consacrée, et en ce jour de Pâques 2015, écoutons sainte Thérèse d’Avila évoquer le mystère pascal. Que le Christ ressuscité accompagne chacun de vous sur les chemins de la Vie avec Lui !

Thérèse d’Avila emploie une image inattendue…

L’incessante quête de Dieu qui caractérise la vie consacrée, quête personnelle et en Eglise, indissociablement par le service et la prière, Thérèse d’Avila la présente avec une image inattendue : la lente transformation du ver à soie en papillon. Il ne s’agit pas moins que de mourir à soi-même pour vivre avec le Christ en Dieu ! Voilà le programme que propose le Christ à ceux et celles qui veulent marcher à sa suite… et voilà comment le décrit Thérèse d’Avila :

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« Lorsque les mûriers commencent à se couvrir de feuilles, une semence minuscule, grâce à la chaleur, commence également à prendre vie. Les petits vers, une fois éclos, se nourrissent de feuilles de mûriers, sur lesquels ils filent la soie qu’ils tirent d’eux-mêmes, se renfermant dans de petites coques très serrées. Chacun des vers – ils sont grands et très laids – termine là sa vie ; et alors, de chacune des coques s’échappe un papillon blanc des plus gracieux. Si cela ne se passait pas sous nos yeux et qu’on nous le raconte comme si c’était arrivé jadis, qui pourrait jamais le croire ? (…) » (5èmes Demeures, chap. 2)

 

Au travail ! Faire et laisser faire…

Après avoir ainsi décrit le phénomène, sainte Thérèse explique en quoi cette transformation est aussi la nôtre :

« L’âme, dont ce ver est l’image, vient à l’existence quand, par la chaleur de l’Esprit Saint, elle commence à profiter du secours général que Dieu donne à tous, et à se servir des remèdes qu’il a laissés dans son Eglise, comme la confession fréquente, les bonnes lectures, les sermons. (…) Dès que le ver est devenu grand, il se met à faire la soie et à construire la maison où il doit mourir. Je voudrais faire comprendre que pour l’âme, cette maison, c’est Jésus-Christ. (…) A peine avons-nous fait tout ce qui est en notre pouvoir, que Dieu daignera unir à sa grandeur ce faible travail ! Courage, donc ! Tissons notre petite coque, en renonçant à notre amour-propre, à notre volonté… Et puis, qu’il meure, ce ver ! Vous saurez alors comment on voit Dieu et comment on s’abîme dans ses grandeurs… »

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Dans cette première étape, Thérèse d’Avila voit le priant comme actif : renoncer, c’est s’alléger de toute préoccupation de soi-même. S’alléger, et se laisser alléger, car Dieu aussi agit. Et cela se passe sur tous les terrains : la relation aux personnes, aux choses, à Dieu ; la façon de voir la vie, de vivre et d’accueillir les événements… Passer de la tentation de la possession au service par amour désintéressé. S’il est dit que le ver à soie ici meurt, c’est que cela ne se passe pas sans arrachement. Mais comme pour le Christ sur la croix, cette mort à soi-même n’est pas l’échec : plutôt le véritable triomphe de la vie en nous.

« Lorsque le ver est entré dans cette oraison, qu’il est entièrement mort au monde, il se change en un petit papillon blanc ! Oh, puissance divine ! (…) Le papillon méprise maintenant les œuvres qu’il accomplissait encore étant ver, et qui consistaient à tisser peu à peu sa coque. Des ailes lui ont poussé : tout ce que l’âme peut faire pour Dieu lui semble peu de choses, tant ses désirs sont immenses. (…) L’abandon que cette âme a fait d’elle-même entre les mains de Dieu et le grand amour qu’elle lui porte la rendent si soumise, qu’elle ne sait et ne veut plus qu’une chose : qu’il fasse d’elle ce qu’il lui plaira. »

Pour que cette perspective réjouissante de la vie avec Dieu devienne toujours plus actuelle, il convient de prendre d’abord conscience de notre manière d’être et de nous tenir dans le monde, pour pouvoir la remettre, et la laisser transfigurer :

« A nous, le Seigneur ne demande que deux choses : l’amour de Dieu et l’amour du prochain. C’est vers elles que doivent converger nos efforts. Si nous les accomplissons parfaitement, nous faisons sa volonté, et par là même, nous lui serons unis. » (5èmes Demeures, chap. 3)

 

Un chemin personnel et communautaire

Si ce chemin est proposé à tout chrétien, les consacré(e)s en font un des points forts de leur vie, et comptent sur le soutien fraternel, la vie en communauté, pour vivre cette pâque… personnellement et communautairement. Car en communauté aussi s’expérimente la traversée du mystère pascal, par l’attention ensemble à la Parole de Dieu, qui nous déconcerte parfois, l’attention ensemble aux appels de l’Esprit Saint dans les événements qui nous bousculent, l’attention à chacun(e) des frères/sœurs pour ne laisser personne en route… Cette disponibilité de l’esprit, fondamentale, est pourtant loin d’être facile et évidente… mais la communauté qui s’y applique, autant qu’elle se laisse la recevoir, ressemble finalement à ceci :

« Vous désirez apprendre ce que devient notre petit papillon, et où il va se poser. Il est bien entendu que ce ne sera ni dans les goûts spirituels ni dans les satisfactions terrestres : son vol est plus élevé. (5ème Demeures, chap. 4) (…) Peut-être est-ce là ce qu’entendait saint Paul lorsqu’il disait : Celui qui s’unit au Seigneur n’est avec lui qu’un seul esprit (1 Co 6, 17). L’âme, me semble-t-il, peut maintenant se servir de ces paroles, car c’est ici que le petit papillon expire, mais avec une indicible joie, parce que Jésus-Christ est devenu sa vie. (7èmes Demeures, chap. 2)

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Nous avons dit que notre petit papillon était mort dans une indicible joie d’avoir trouvé son repos et que Jésus Christ vivait en lui. Voyons maintenant quelle est cette nouvelle vie, et en quoi elle diffère de la vie qu’il menait auparavant, car ce sont les effets qui nous montreront s’il a réellement reçu la grâce dont il s’agit.

Le premier est un oubli de soi si complet, qu’il semble véritablement que cette âme n’ait plus d’être. Elle ne songe ni au ciel qui l’attend, ni à la vie, ni à l’honneur, parce qu’elle est tout entière appliquée à procurer la gloire de Dieu.

Le second, c’est que ces âmes désirent plus que tout vivre de longues années, même au milieu des épreuves, afin que le Seigneur en soit tant soit peu glorifié. Leur gloire, elles la trouvent à venir en aide au Crucifié… » (7èmes Demeures, chap. 3)

Le Crucifié, Jésus-Christ : voilà le grand modèle de notre disponibilité, modèle de toute vie guidée par Dieu. C’est bien lui qui est modèle de tout ce processus de transformation, l’ayant vécu jusqu’au bout. C’est bien lui qui est au centre de toute cette histoire, de notre histoire. Une histoire qui n’a pas de fin, comme celle du papillon, mais qui s’embrase en Dieu quand elle s’éteint.