Témoignages

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Cette page, régulièrement mise à jour, a été créée pour laisser la parole aux sœurs de la communauté du Carmel du Havre. Diverses dans leurs origines, dans leurs parcours, les carmélites peuvent dire, chacune à leur manière, comment elles sont arrivées là… et pourquoi elles sont restées, ce qui a du sens dans leur vie aujourd’hui…

Témoignage d’une sœur de la communauté

Vu notre look, notre choix de vie paraît radical : il y a un avant (nous étions habillées comme vous), et un après…

Avant de commencer à parler de mon témoignage, je voudrais démonter un peu cette caricature de choix radical. C’est vrai qu’il y a avant et après le jour où je suis entrée dans une communauté de carmélites, mais ce n’est pas si tranché. Ce choix a été précédé de nombreuses étapes, où j’ai fait d’autres choix, où j’ai écouté ce qui traversait ma vie, les joies, les épreuves, mais aussi ce que j’ai perçu comme des petits signes de Dieu. Et même après ce « grand choix » d’un mode de vie bien particulier, tout n’est pas fait : il y a un long temps de formation entre l’entrée et l’engagement définitif, pour bien peser cette décision. Et même depuis mon engagement définitif, j’ai encore à poser chaque jour des choix pour dire, aux sœurs et au Seigneur, comment je veux habiter ma vie de carmélite de manière unique, personnelle. Comme on dit : « l’habit ne fait pas le moine » : il faut du temps pour le devenir…

Alors pourquoi ai-je fait ce choix ?

« Pourquoi », c’est une question que je me posais beaucoup. Pourquoi la guerre, pourquoi la mort de personnes proches, pourquoi le besoin d’art chez les humains, pourquoi je réussis certaines choses tandis que d’autres échouent, pourquoi je ne réussis pas là où d’autres semblent plus à l’aise que moi… ? Pourquoi je suis là… et surtout : qu’est-ce que le Seigneur attend de moi ? C’est une question que je me suis posée assez jeune, qui est revenue régulièrement ; elle est devenue une urgence à la fin de mes études, alors que je commençais à me lancer dans la vie professionnelle.

carmel du havreAujourd’hui, je peux dire que ma vie était à ce moment-là un peu comme un cristal, avec plusieurs facettes :

  • il y avait mes études et mon travail (où je m’investissais beaucoup parce que j’étais passionnée)
  • ma vie relationnelle riche et diversifiée, avec aussi de la solitude, des échecs et des difficultés
  • l’aspect « prière, relation à Dieu », où je faisais le choix d’être plus engagée que la moyenne de ma famille : aumônerie, animation de chant à la messe, JMJ…
  • le temps libre que je partageais entre plusieurs passions
  • une famille très soudée avec laquelle j’étais dans une relation à la fois de distance et d’attachement
  • etc…

Et au final, j’avais l’impression de devoir faire des choix : c’était quoi, pour moi, l’essentiel, dans tout ça ?

 

Avec le recul, aujourd’hui…

Je pourrais conseiller aujourd’hui de ne pas croire ceux qui disent qu’il n’y a pas besoin de choisir : « tu peux tout faire, tu peux tout être ». Ce n’est pas la vérité !

Ne pas croire non plus ceux qui disent que la liberté, c’est de ne pas choisir. Choisir, c’est grandir – même si on se trompe ! Nous apprenons et grandissons aussi avec nos erreurs et nos échecs. La peur de se tromper ne doit pas paralyser. Il y a un temps pour chaque choix, mais dès aujourd’hui, apprendre à faire des choix plus ou moins importants, pour être capables de poser plus tard de grands choix.

Donc, au seuil de la vie professionnelle, je sentais que j’en étais à l’heure des choix : quelle facette est la plus importante dans ma vie ? Celle que je veux prioriser ? Car en choisir une, ce n’était pas forcément renoncer complètement à toutes les autres, c’était plutôt réorganiser pour mettre le plus important au centre, et le reste autour. Il a fallu que j’apprenne à me connaître, à repérer ce qui était pour moi vraiment important.

Là, j’ai réalisé que je n’allais pas pouvoir répondre toute seule : j’avais…

 

… Besoin des autres

Carmel du havreJ’ai décidé de parler de mes questions, de m’ouvrir à des adultes en qui j’avais confiance pour écouter ce qu’ils pouvaient me renvoyer : un ancien prof, plusieurs religieuses… C’est très important de ne pas rester seul avec ses questions, d’en parler – pas seulement avec des amis de notre âge, mais aussi avec des personnes plus âgées, plus expérimentées qui ont déjà traversé des grands choix et leurs conséquences.

J’ai choisi aussi de faire des retraites pour prier, lire la Bible, me faire accompagner, me mettre à l’écoute du Seigneur en prenant du recul par rapport à mon quotidien. En lisant la Bible, j’ai découvert que je pouvais me reconnaître dans tel ou tel personnage :

  • Moïse qui dit à Dieu : « Non, moi, je ne peux pas, appelle et envoie quelqu’un d’autre ! » (Exode 3-4)
  • Naaman, le général syrien guéri par le prophète Elisée, qui se met en colère, et ses serviteurs lui disent : « Si le prophète t’avait demandé de faire qqch de difficile pour guérir, tu l’aurais fait, alors fais ce qu’il te dit, même si ça te paraît trop simple… » (1 Rois 5 )

J’ai aussi écouté les signes que le Seigneur pouvait mettre dans ma vie de tous les jours… par exemple, à un moment, je me suis rappelée qu’un ami m’avait parlé du Carmel – et je me suis dit : « c’est peut-être un signe que Dieu m’adresse : va voir ! » J’ai commencé à me renseigner sur internet, avant d’aller voir en vrai, une communauté de sœurs carmélites et une communauté de frères carmes.

 

Et toi ? Et vous ?

carmel du havreSi vous avez des rêves, des envies… n’en restez pas à internet, aux vidéos, au virtuel : essayez de le confronter au réel, allez voir, rencontrez quelqu’un qui s’y connaît. Cela demande parfois du courage, oser aller vers l’inconnu au risque d’être déçu, mal reçu ou harponné… Faites-vous confiance, sentez si vous êtes à l’aise ou pas : c’est déjà un critère. Et continuez votre recherche.

Pour moi, ce 1er contact avec le Carmel était positif, mais je me demandais en même temps si je ne serais pas plus à l’aise ailleurs. Comme mes recherches et les rencontres que je faisais ne débouchaient pas, je l’ai pris comme un nouveau signe : ce n’est pas pour toi.

Il est en effet question de discernement des « signes » : comment comprendre ce qui arrive ? Qu’est-ce que le Seigneur veut me dire ? Les chrétiens ne répondent pas à cette question en pratiquant la divination. Mais discerner la présence de Dieu, son action et les réponses que nous pouvons lui apporter, cela s’apprend en pratiquant le discernement, avec un(e) accompagnateur/trice.

carmel du havrePetit à petit, les choses sont devenues claires, j’avais envie de tenter cette aventure un peu folle en rentrant au Carmel : l’aventure de la prière, de la vie en communauté, de la recherche de Dieu, de l’ouverture à la différence, de l’humilité, du service… Alors j’ai demandé à faire un stage, puis à rentrer dans la communauté. Ce n’était pas encore définitif dans ma tête, je ne savais pas si j’allais tenir, rester… Et  déjà au bout d’un mois, cela s’est avéré bien différent de ce que j’avais imaginé. Mais dans les moments difficiles, le Seigneur m’a toujours donné un appui : une parole de Bible qui me réconfortait, la douceur et la délicatesse des sœurs avec qui je vis, une carte postale envoyée par une amie… Le Seigneur ne nous laisse pas tomber, quels que soient nos choix, quelles que soient nos difficultés à assumer les conséquences de nos choix : il est avec nous dans nos joies, dans les moments d’émotion, et aussi dans les épreuves. Au Carmel, j’ai appris à découvrir sa présence discrète à chaque instant, dans chaque situation, agréable ou non. J’ai appris à rentrer à l’intérieur du cristal de ma vie, pour ne plus être seulement à l’extérieur, ou à la surface de moi-même, mais pour vivre à l’intérieur, avec Jésus : il habite en mon âme (comme en la vôtre), il est LA lumière qui irradie et illumine toute ma vie.

Je suis heureuse de pouvoir dire aujourd’hui que je suis à ma place, que j’ai trouvé ma vocation et que je continue chaque jour à l’accomplir avec la grâce de Dieu !

 

Six pistes pour résumer

  • carmel du havreApprendre à me connaître pour repérer : c’est quoi pour moi l’essentiel ? Ce que j’aime ? Ce que je désire ? Notre vocation correspond toujours, à la base, à ce que nous portons en nous – même si elle va nous entraîner plus loin
  • M’ouvrir à des adultes de confiance qui ont déjà fait des choix
  • Confronter les désirs et les rêves au réel : est-ce que je suis vraiment comme je l’imagine ? est-ce que ce métier, ce mode de vie, est vraiment comme je l’imagine ?
  • M’appuyer très fortement sur le Seigneur, sur la prière, la Bible, les sacrements, et sur toutes les autres médiations qu’Il met dans ma vie (personnes, événements…), en apprenant à repérer Sa présence, à discerner Ses signes
  • Apprendre à faire des choix sans être paralysé par la peur de me tromper : nous avons le droit de nous tromper – et le devoir de le reconnaître quand nous nous en apercevons. Aucune erreur n’est irrémédiable, même pas aux yeux de Dieu.
  • Accepter que cela prenne du temps…